lundi 1 novembre 1999

Un récit envoutant : Dominique, Diagonale 1999


Tout commença vendredi dernier à 4H00 du matin. Je ne parlerai point des jours précédents, jours d'appréhension que nous connaissons tous à la veille d'une épreuve qui nous effraie, ni des kilos de pâtes engloutis la semaine précédente, des nuits stressantes de nombreuses fois interrompues à imaginer la course.

Réunis au plus au Sud de l'île, nous partîmes 1800 dans la nuit vers l'inconnu, l'enfer et la torture physique et mentale...

Le premier tronçon, à travers les champs de canne tout d'abord, se présentait avec ses 25 km de pente à 17% de moyenne ...histoire de chauffer les muscles.

L'arrivée au volcan du Piton de la Fournaise 2400m d'altitude plus haut fut le premier soulagement : il ne restait plus que ...100 km ! En tous cas, le spectacle lunaire est somptueux. Ravitaillement, passage de crème solaire et puis c'était reparti pour 17 km de parties déroulantes, portions trop rares où les coureurs de notre espèce retrouvent quelques sensations agréables. 42 km en 8 Heures, c'est pas terrible me diront certains ...je sais bien !

Encore une côte à n'en plus finir suivis d'une descente très raide pour rentrer finalement dans le cirque de Cilaos (pour ceux qui connaissent) : Nous étions à mi-parcours après 12h30 de course. Les pieds commençaient à souffrir. Le plus dur arrivait car il fallait alors composer avec la nuit, la fatigue et les douleurs musculaires mais surtout articulaires qui apparaissaient. Il fallut quand même repartir, se faire véritablement violence pour relancer la machine et attaquer le Col du Taïbit, cap psychologique à passer (et lieu de moultes abandons) qui permet ensuite de plonger dans le Cirque de Mafate où le Col des Bœufs (porte bien son nom celui-là!) nous attendait. 17 km sans aucun point de ravitaillement ni signe de civilisation à 2 ou 3 km à l'heure ! Je connaissais désormais l'enfer !!! Une descente sans fin mais pas sans embûche nous conduisit alors jusqu'à Grand Ilet dans le Cirque de Salazie à 3h30 du matin (cad après 23h30 de course) où massages et repas chaud nous attendait.

Une heure et demie de pause, c'était l'aurore et devant nous, la difficulté majeure de l'épreuve après 95 km (sympa les organisateurs !) : la Roche Ecrite soit une pente de 3 km à 32% de moyenne !! Un mur. Dur, dur ! Au sommet (2050m), plus rien ne pouvait théoriquement arriver puisqu'il n'y avait plus qu'à descendre sur St-Denis pendant 25 km. La malchance me fit goûter la pluie à partir de 12h30 (comme quoi ...il ne fait pas toujours beau à la Réunion) et donc les sentiers gras et glissants jusqu'à la libération finale à 14h17 et 49s !

La ligne d'arrivée, c'était simplement ...le BONHEUR mélangé à de la fierté et la sensation d'avoir vécu quelque chose de fort et de mentalement très éprouvant. Si le physique fut sollicité pendant 34h17, le mental fut primordial et fondamental. Au final, il y eut environ 500 abandons sur les 1800 et je termina 451ème. Pour moi, une micro-ampoule à un pied et rien d'autre : je suis un miraculé ! Un temps et un classement qui me conviennent et une épreuve dont je me souviendrai pendant longtemps et d'autant plus que la récupération s'annonce longue (coups de pompe, mal de tête, courbatures). Des jours de repos avant et après auraient été souhaitables et grandement appréciés mais pour ceux qui en douteraient encore, je ne suis pas en vacances ici !